
L’accord de « bonnes vacances » ne pose aucun problème théorique : le nom vacances est un pluriel lexical, l’adjectif s’accorde en genre et en nombre, point final. La vraie difficulté se situe ailleurs, dans le choix entre « de » et « des » devant l’adjectif antéposé, et dans l’écart croissant entre norme écrite et usage oral.
« De bonnes vacances » ou « des bonnes vacances » : la règle de l’article indéfini devant adjectif antéposé

La grammaire normative est catégorique : lorsqu’un adjectif se place avant le nom, l’article indéfini pluriel « des » se réduit à « de ». On écrit donc « je vous souhaite de bonnes vacances », exactement comme on écrit « de grands arbres » ou « de vieux amis ».
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Cette règle, défendue par l’Académie française et reprise par les grandes grammaires contemporaines, notamment dans le Grevisse et Goosse (Le Bon Usage, 16e éd., 2023), reste la référence pour tout écrit soigné. Elle s’applique systématiquement dans la correspondance professionnelle, les vœux institutionnels et la communication de marque.
Pour bien comprendre la règle entre bonne ou bonnes vacances, il faut distinguer deux niveaux d’analyse : l’accord de l’adjectif (toujours au féminin pluriel) et le choix du déterminant (« de » en registre soutenu, « des » en registre courant).
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Norme écrite contre usage oral : ce que disent les corpus linguistiques

La forme « des bonnes vacances » progresse dans les corpus oraux et sur les réseaux sociaux. L’Office québécois de la langue française a relevé cette tendance dans un rapport de 2021 consacré à la variation « des » contre « de » devant adjectif. La forme avec « des » y est décrite comme acceptable à l’oral familier.
Nous observons le même phénomène en France métropolitaine. Dans les messages informels, les SMS, les publications sur les réseaux, « des bonnes vacances » est devenu la forme majoritaire à l’oral. La réduction « de » sonne parfois hypercorrecte dans un contexte détendu.
Ce décalage entre norme et usage ne signifie pas que « des bonnes vacances » soit fautif en soi. Il signifie que le registre de langue dicte le choix du déterminant, pas la grammaire seule.
Ce qui reste une faute dans tous les registres
Les ouvrages de grammaire descriptive, y compris les plus tolérants envers la variation sociolinguistique, sont unanimes sur un point. Comme le souligne Jean-Marie Klinkenberg dans sa Grammaire descriptive du français contemporain (De Boeck, 2019), la forme « bonne vacances » avec l’adjectif au singulier et le nom au pluriel n’est reconnue par aucune norme. C’est une faute d’accord pure, pas une question de registre.
La confusion vient de l’oral, où la liaison ne permet pas toujours de distinguer « bonne » de « bonnes ». À l’écrit, aucune hésitation n’est permise : le « s » est obligatoire.
Accord de l’adjectif avec « vacances » : le mécanisme grammatical précis
Le nom « vacances » appartient à la catégorie des pluralia tantum : il ne s’emploie qu’au pluriel dans son sens courant (période de congé). Le singulier « vacance » existe, mais il désigne un poste non pourvu ou un état de vacuité, pas un congé.
L’adjectif qualificatif épithète s’accorde avec le nom qu’il détermine. « Vacances » étant féminin pluriel, l’adjectif prend les marques correspondantes :
- Bonnes vacances (féminin pluriel de « bon »)
- Excellentes vacances (même logique d’accord)
- Agréables vacances (l’adjectif est épicène, seul le « s » du pluriel s’ajoute)
Ce mécanisme s’applique à toutes les expressions de vœux construites sur le même modèle : « joyeuses fêtes », « meilleurs vœux », « belles fêtes ». L’adjectif ne reste jamais au masculin singulier devant un nom féminin pluriel.
Quel registre adopter selon le contexte : recommandations pour marques et rédacteurs
Nous recommandons de trancher selon le canal et le destinataire, pas selon une préférence personnelle.
Communication formelle et institutionnelle
Dans un courriel professionnel, un communiqué de presse, une carte de vœux d’entreprise ou un message de marque, la seule forme recommandée reste « de bonnes vacances ». L’emploi de « des » devant l’adjectif antéposé sera perçu comme un relâchement par une partie du lectorat, ce qui nuit à la crédibilité du message.
Communication informelle et réseaux sociaux
Sur un post Instagram, un SMS ou un message Slack entre collègues, « des bonnes vacances » ne choque personne. Forcer le « de » dans un contexte décontracté peut même créer une distance non souhaitée avec l’audience.
Le critère de décision est simple :
- Si le message sera relu, archivé ou représente une institution, utiliser « de bonnes vacances »
- Si le message est éphémère et conversationnel, « des bonnes vacances » convient
- Dans tous les cas, « bonnes » prend un « s », sans exception
Cas des apprenants en français
Pour un apprenant, nous recommandons d’enseigner d’abord la forme normative (« de bonnes vacances »). Un locuteur qui maîtrise la règle pourra choisir de la contourner en contexte familier. L’inverse, partir de l’usage relâché, rend plus difficile l’acquisition de la norme écrite.
Les variantes « bonne vacance » et « bon vacances » : pourquoi elles persistent en ligne
Une recherche rapide montre que « bonne vacance » au singulier et « bon vacances » sans accord apparaissent fréquemment dans les requêtes. Ces formes ne relèvent pas d’un usage régional ou d’une variante légitime. Elles résultent de trois facteurs :
- La confusion entre le singulier « vacance » (poste vacant) et le pluriel « vacances » (congé)
- L’absence de perception auditive du « s » final à l’oral
- L’autocorrection des claviers de téléphone, qui propose parfois le singulier par défaut
Aucune grammaire, descriptive ou normative, ne valide ces formes. Elles constituent des fautes d’accord dans tous les registres, y compris le plus familier. Un rédacteur ou une marque qui les emploierait perdrait immédiatement en crédibilité.
La distinction à retenir tient en une phrase : le choix entre « de » et « des » dépend du registre, mais l’accord au féminin pluriel (« bonnes ») et l’emploi du pluriel (« vacances ») ne se discutent pas. Maîtriser cette nuance, c’est ce qui sépare une rédaction approximative d’une rédaction précise.